Des attaques djihadistes coordonnees ont vise des positions militaires beninoises dans le parc national du W, le 17 avril 2025, au nord du pays. Le dernier bilan officiel fait etat de 54 soldats tues, ce qui en fait l'attaque la plus meurtrire jamais enregistree contre l'armee beninoise.
Quelques semaines auparavant, le 8 janvier, une attaque prs de Karimama, dans la mme zone, a cote la vie une trentaine de militaires. Ces attaques illustrent la menace grandissante qui pse sur la partie nord du pays et en particulier sur cette aire protegee.
Depuis 2019, en effet, le Parc national de la Pendjari, dans le nord du Benin, est la cible privilegiee de groupes armes, notamment affilies au Groupe de soutien l'islam et aux musulmans (JNIM).
Le chercheur Papa Sow, specialiste des politiques environnementales, analyse pour The Conversation Africa les motivations de ces attaques.
Situee au nord du Benin, la Reserve de biosphre de la Pendjari (RBP), egalement connue sous le nom de Parc national de la Pendjari, est la cible recurrente de groupes armes depuis 2019, tout comme ses environs. Plus de 120 militaires ont ete tues tues entre 2021 et 2024. Sans compter les civils et le carnage sur la faune et la flore.
Depuis 2018, les groupes Ansar-ul Islam, Serma, Sekou muslimou et Abou Hanifa operant au Burkina Faso - assimiles des djihadistes - agissent pour la plupart sous l'egide du JNIM, la branche d'Al Qada au Sahel. Des luttes sanglantes sont engagees pour conquerir des territoires forestiers speciaux, ce que j'ai appele le djihadisme des aires protegees .
Dans le cadre d'une etude longitudinale sur les causes des migrations dans et depuis les departements du nord du Benin - Atacora et Alibori -, j'ai analyse l'impact que ces groupes armes exercent aujourd'hui sur les populations locales et les aires protegees qu'ils transforment en sanctuaires.
Le parc de la Pendjari fait partie des cinq aires protegees au Benin. Il est l'un des principaux reservoirs de conservation de la biodiversite en Afrique de l'Ouest. En 2024, il employait 337 agents forestiers, dont 6 expatries. L'avancee des terres agricoles, le braconnage, la perte de services ecosystemiques (disparition de certaines espces rares), la baisse du potentiel de sequestration du carbone avec la reduction de la biomasse et la presence des groupes armes sont des problmes recurrents qui menacent ce parc.
Les raisons en sont multiples : la configuration geographique rendant le parc difficilement prenable et les batailles pour le controle des pturages et des plans d'eau. Les groupes armes travaillent avec les trafiquants d'essence frelatee en provenance du Nigeria, appelee au Benin le "Kpayo". Ils achtent chez eux, chaque semaine, des milliers de litre d'essence des prix exorbitants.
Les raisons politiques sont liees l'absence de l'Etat, malgre l'operation anti-terroriste Mirador lancee en 2021 avec un deploiement de plus de 3000 soldats. Depuis la premire attaque de 2019, plus de 120 millions de dollars ont ete alloues pour la securite du pays. Or le nombre d'attaques et d'enlvements a augmente, malgre l'existence d'une unite speciale pour lutter contre les insurges dans la region Nord du Benin. C'est dans le secteur de Porga, vers le Burkina Faso, que les Forces armees beninoises (FAB) maitrisent le plus les incursions meurtrires.
Les attaques recentes sont preoccupantes pour l'Etat beninois et la sous-region. Les veritables liens entre ces attaques et l'expansion du djihadisme dans le Sahel sont rechercher dans la fragilite de la securisation des zones frontalires. Les groupes armes ont leurs propres points de passage qu'ils controlent avec des complicites locales. Les collaborations sous-regionales entre Etats sont presque inexistantes. L'Initiative d'Accra, composee de 5 pays - Benin, Burkina Faso, Ghana, Cote d'ivoire et Togo - lancee depuis 2017, semble stagner depuis la desintegration de certains Etats de la Cedeao. Une veritable force regionale capable de contrecarrer les activites de ces groupes armes est necessaire.
Le Benin developpe certes un partenariat militaire avec la France. Mais les querelles diplomatiques entre le Benin et ses voisins - Niger et Burkina - et la politique ambivalente du Togo qui menace de rejoindre l'Alliance des Etats du Sahel (AES) - ne sont pas des facteurs favorisant une cooperation regionale militaire efficace.
Dotee d'une biodiversite complexe, le parc depend, en partie, des financements generes par le tourisme et des partenaires exterieurs. La conservation est geree, depuis 2020, par les Rangers African Parks Network (APN). Ces eco-gardes, en premire ligne face aux groupes armes,sont egalement des victimes comme durant l'attaque des 24-25 juillet 2024. Leur travail de collecte d'informations liees la menace est important pour les FAB.
Les activites des riverains du parc, les reseaux et systmes de transport et les services de trekking sont les plus durement touches. Les mouvements de populations et le travail des ONG qui soutenaient les populations locales dans la region de l'Atacora (nord-ouest du pays) ont ainsi ete reduits. Dans les aires de Materi, Gouande et vers la frontire avec le Togo, beaucoup d'ONG se sont desengagees de leurs activites. Le petit commerce est menace.
Mais le secteur le plus durement touche est le tourisme. Il y a une baisse significative du nombre de touristes qui ne se rendent presque plus par route au parc. Cet impact touche directement les communautes locales dont les activites touristiques demeuraient un vivier important d'emplois. Les cascades de Tanougou non loin du parc, les plus prisees par les touristes, sont pratiquement fermees au public.
Tanguieta, une ville situee 70 km de la frontire avec le Burkina Faso et non loin du parc de la Pendjari, a ete le plus impacte du fait de la diminution des revenus lies aux activites d'hebergement et de restauration. Les migrants venant de la sous-region - guides, artisans - et qui s'etaient specialises dans l'entreprenariat touristique - se sont tournes vers d'autres activites ou quitte la ville.
Avec l'aide des APN et des FAB, la securite du parc a ete immensement renforcee car fortement militarisee - avec un camp avance - l'interieur mme du parc. Une piste d'atterrissage, sans impact sur la valeur universelle exceptionnelle, a ete construite dans le parc depuis 2019. C'est d'ailleurs sur cette piste qu'atterrissent les aeronefs des rares touristes qui visitent le Pendjari aujourd'hui. Plus de 110 kilomtres de pistes de passages ont ete amenages dans le parc. Les activites avec les populations riveraines sont diversifiees par des actions de donations.
Les mesures suivantes pourraient aider davantage proteger le parc et la population locale :
Renforcer les capacites de communication et de surveillance : plus de kits de connexion internet et les pylones VFH afin d'assurer une couverture 100 % de reseau du systme LoRa (Long Range, une technologie sans fil). Augmenter le nombre d' aeronefs, d'helicoptres et de drones de surveillance afin de mieux gerer la securite distance du parc.
Former les FAB dans plus de pratiques de conservation.
Multiplier les soutiens aux projets de developpement communautaire de renforcement des aires protegees, de l'ecotourisme.
Diversifier les activites pour reduire la dependance au tourisme.
Il n'est pas trop tard pour contrecarrer la montee du djihadisme dans cette zone. L'espoir est toujours permis si la Cedeao s'investit davantage dans la cooperation militaire avec le Benin.
A l'etat actuel des choses dans le Sahel, il est quasi impossible pour un Etat de lutter seul contre les groupes armes qui sont souvent plus informes et maitrisent mieux les terrains d'operation que les Etats. Il faudrait une synergie politique et une volonte de cooperation commune;


















