Le problme est simple : aujourd'hui, il est difficile de savoir si une photo est authentique ou non. Les outils de retouche sont tellement perfectionnes, accessibles et faciles utiliser qu'on ne peut plus determiner si une photo est reelle ou truquee. Avec l'essor de l'IA, la situation se complique davantage. N'importe qui disposant d'une connexion Internet peut creer n'importe quelle image plausible
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J'enseigne et mne des recherches sur l'ethique de l'intelligence artificielle (IA), notamment sur la manire dont nous utilisons et comprenons les images numeriques.
Beaucoup se demandent comment detecter une image modifiee. Une tche qui devient, desormais, de plus tache difficile. Je propose une autre approche : mettre en place un systme o les createurs et utilisateurs d'images indiquent ouvertement les modifications apportees. Peu importe le systme, mais de nouvelles rgles, mais de nouvelles rgles sont necessaires si l'on veut que les images generees par l'IA soient utilisees de manire ethique, du moins par ceux qui veulent tre dignes de confiance, en particulier les medias.
Ne rien faire n'est pas une option, car ce que nous pensons des medias influence la confiance que nous accordons aux autres et nos institutions. Plusieurs solutions sont envisageables. L'etiquetage clair des photos en est une.
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La manipulation de photos etait autrefois l'apanage des equipes de propagande gouvernementale, puis des utilisateurs experts de Photoshop, le logiciel populaire pour editer, modifier ou creer des images numeriques.
Aujourd'hui, les photos numeriques sont automatiquement soumises des filtres de correction des couleurs sur les telephones et les appareils photo. Certains outils de reseaux sociaux embellissent automatiquement les photos des visages des utilisateurs. Une photo authentique prise par soi-mme existe-t-elle encore?
Cette evolution fragilise le socle commun de comprehension et de donfiance : ce que nous voyons n'est plus forcement fiable. Ce phenomne s'accompagne d'une proliferation d'informations peu fiables (et souvent malveillantes). De nouveaux mots ont fait leur apparition pour decrire ce phenomne : fake news pour designer les fausses informations en generales et deepfake, pour parler d'images ou de videos manipulees deliberement, que ce soit pour influencer une guerre ou attirer des abonnes sur les reseaux sociaux.
Les campagnes de desinformation utilisant des images manipulees peuvent influencer les elections, accentuer les divisions, voire inciter la violence. La mefiance grandissante envers les medias eloigne de plus en plus de citoyens d'informations fondees sur des faits, offrant ainsi un terrain fertile aux theories du complot et aux groupes extremistes.
Un autre problme pour les producteurs d'images ( titre personnel ou professionnel) est la difficulte de savoir ce qui est acceptable ou non. Jusqu'o peut-on alterer son apparence dans un monde o les images sont de plus en plus retouchees ?
Serait-il grave qu'un journal occidental repute publie une photo du president russe Vladimir Poutine grimacant de degot l'aide de l'IA (une expression qu'il a srement dej eue un moment donne, mais qui n'a jamais ete capturee sur une image) ?
Les limites ethiques s'estompent encore davantage dans des contextes trs tendus. Est-ce grave si des publicites politiques de l'opposition contre le candidat la presidence americaine Barack Obama ont deliberement assombri sa peau ?
Les images generees de cadavres Gaza seraient-elles plus acceptables, voire plus morales, que les photographies reelles d'tres humains morts ? Une couverture de magazine montrant un mannequin retouche numeriquement pour atteindre des standards de beaute inatteignables, sans preciser le niveau de retouche, est-elle contraire l'ethique ?
Une partie de la solution ce problme social exige deux mesures simples et claires. Premirement, declarer que la photo a ete manipulee. Deuximement, divulguer le type de manipulation qui a ete effectue.
La premire etape est simple : de la mme manire que les photos sont publiees avec les credits de l'auteur, une mention du type de retouche doit tre signalee dans la legende.
La seconde concerne la manire dont une image a ete modifiee. Je propose ici cinq categories de manipulation (semblables celles utilisees pour la classification des films). La responsabilite et la clarte constituent le fondement de l'ethique.
Les cinq categories pourraient tre les suivantes :
Corrigee
Modifications qui preservent l'essence de la photo originale tout en ameliorant sa clarte generale ou son attrait esthetique, comme l'equilibre des couleurs (par exemple le contraste) ou la distorsion de l'objectif. Ces corrections sont souvent automatisees (par exemple par les appareils photo des smartphones), mais peuvent tre effectuees manuellement.
Amelioree
Modifications qui concernent principalement des ajustements de couleur ou de ton. Cela s'etend de legres retouches esthetiques, comme la suppression de petites imperfections (telles que l'acne) ou l'ajout artificiel de maquillage, condition que les modifications ne modifient pas les caracteristiques physiques ou les objets. Cela inclut tous les filtres impliquant des changements de couleur.
Corps modifie
Cette mention est utilisee lorsqu'une caracteristique physique est modifiee. Les changements de forme du corps, comme l'amincissement des bras ou l'elargissement des epaules, ou la modification de la couleur de la peau ou des cheveux, entrent dans cette categorie.
Manipulation d'objets
Cette mention indique que la position physique d'un objet a ete modifiee. Un doigt ou un membre a ete deplace, un vase a ete ajoute, une personne a ete supprimee, un element de l'arrire-plan a ete ajoute ou supprime.
Generee
Les representations entirement fabriquees mais photorealistes, telles qu'une scne qui n'a jamais existe, doivent tre signalees ici. Ainsi, toutes les images creees numeriquement, y compris par l'IA generative, mais limitees aux representations photographiques. (Un dessin anime du pape genere par l'IA serait exclu, mais une image ressemblant une photo du pontife en doudoune est classee dans cette categorie.)
Les categories suggerees sont neutres : elles sont (ou devraient tre) declenchees simplement par la presence d'une manipulation. Ainsi, les filtres de couleur appliques l'image d'un homme politique declenchent la categorie "Amelioree", que la modification rende la personne plus sympathique ou plus effrayante. Une caracteristique essentielle pour accepter un systme de classification comme celui-ci est qu'il soit transparent et impartial.
Les categories ci-dessus ne sont pas fixes, il peut y avoir des chevauchements : Corps manipule peut souvent impliquer celle dite Amelioree, par exemple.
Un logiciel de manipulation de photos responsable peut indiquer automatiquement aux utilisateurs la categorie de manipulation de photos effectuee. Si necessaire, il peut l'apposer en filigrane ou simplement l'enregistrer dans les metadonnees de l'image (comme les donnees sur la source, le proprietaire ou le photographe). L'automatisation pourrait trs bien garantir la facilite d'utilisation et peut-tre reduire les erreurs humaines, encourageant ainsi une application coherente sur toutes les plateformes.
Bien sr, l'affichage de la classification relvera en fin de compte d'une decision editoriale. Les bons utilisateurs, l'instar des bons editeurs, le feront de manire responsable, dans l'espoir de maintenir ou d'ameliorer la credibilite de leurs images et de leurs publications. Mme si l'on peut esperer que les reseaux sociaux adhrent ce type d'ideal editorial et encouragent l'affichage d'images etiquetees, les risques d'ambigute et de tromperie persistent malgre tout.
Le succs d'une initiative comme celle-ci depend de la collaboration entre les developpeurs technologiques, les medias et les decideurs politiques afin de creer un engagement commun en faveur de la transparence dans les medias numeriques.



















