Les femmes africaines sont souvent considerees comme particulirement vulnerables au changement climatique. Nos recherches precedentes suggrent que les femmes entrepreneures sont souvent confrontees trois formes de risques supplementaires face aux risques climatiques par rapport aux hommes.
Premirement, leurs moyens de subsistance dependent souvent de secteurs sensibles au climat. Deuximement, elles sont confrontees des obstacles supplementaires pour acceder aux ressources necessaires l'adaptation dans le monde des affaires, telles que le financement, les nouvelles technologies d'adaptation et les marches pour les biens et services intelligents sur le plan climatique. Enfin, elles assument egalement la principale responsabilite de la gestion des risques climatiques au niveau des menages.
Cependant, notre nouvelle etude suggre egalement une realite parallle, moins mise en avant. Les femmes entrepreneures pourraient egalement tre l'avant-garde de l'action en faveur de la resilience climatique en Afrique.
Dans le cadre du projet Women Entrepreneurs in Climate Change Adaptation (WECCA), nous etudions leur role strategique dans les actions d'adaptation plus inclusives. L'entrepreneuriat feminin contribue fortement au developpement economique en Afrique.
En effet, leurs entreprises apportent une contribution considerable l'activite economique. Elles sont actives dans les chanes de valeur essentielles que sont l'agriculture et la transformation alimentaire, ce qui stimule les recettes d'exportation. Et grce des cooperatives et des tontines locales, elles facilitent l'accs au financement et aux marches pour d'autres personnes dans les regions defavorisees.
Des etudes suggrent egalement que les femmes sont plus susceptibles d'utiliser leurs benefices pour repondre aux besoins les plus essentiels de leur foyer. Les petites entreprises constituent l'epine dorsale de la plupart des economies africaines. Elles genrent la plupart des opportunites d'emploi et fournissent des biens et services essentiels.
Pourtant, ces entreprises sont en premire ligne face aux effets du changement climatique. Les inondations, les secheresses et les perturbations simultanees des reseaux d'electricite, d'eau et de transport menacent les chanes d'approvisionnement, perturbent les marches, interrompent les activites de subsistance et entranent des degts materiels aux entreprises. Celles-ci doivent s'adapter pour survivre.
Mais la manire dont elles s'adaptent est importante. Elle peut renforcer leur resilience long terme ou, au contraire, aggraver leur vulnerabilite. Les resultats de notre etude sur les petites entreprises dans les regions vulnerables au climat du Kenya et du Senegal suggrent que les entreprises dirigees par des femmes adoptent une approche plus durable en matire d'adaptation que celles dirigees uniquement par des hommes.
Cela renforce leur resilience long terme. Nous avons aussi constate que les aides l'adaptation (comme les financements ou les formations) ont plus d'impact sur les entreprises dirigees par des femmes que sur celles dirigees par des hommes.
Ces resultats montrent que soutenir les femmes entrepreneures ne relve pas seulement de l'egalite. C'est aussi une strategie efficace pour btir des economies plus resilientes face au climat. En investissant dans un environnement des affaires plus inclusif, les gouvernements et les bailleurs peuvent obtenir de meilleurs resultats sur le long terme.
Notre etude a analyse les donnees d'une enqute menee auprs de petites entreprises dans les regions semi-arides du Senegal et du Kenya. L'objectif etait d'examiner comment la presence de femmes proprietaires et dirigeantes influencait l'adaptation des entreprises aux evenements extrmes. Notre ensemble de donnees couvrait les regions senegalaises de Louga, Saint-Louis et Kaolack. Au Kenya, il couvrait le comte de Laikipia.
Ces regions sont touchees par des secheresses et des inondations extrmes qui devraient s'intensifier dans les decennies venir. L'entrepreneuriat dans ces regions est particulirement concentre dans les secteurs agricoles. Ceux-ci sont trs exposes aux effets de ces phenomnes extrmes. Nous avons etudie l'impact de la presence de femmes la tte d'une entreprise sur le nombre de strategies d'adaptation durables et non durables adoptees. Conformement la litterature existante, nous avons classe les strategies d'adaptation comme suit :
Nos resultats montrent que les entreprises dirigees ou co-dirigees par des femmes adoptent moins de strategies non durables que celles dirigees uniquement par des hommes. Les strategies non durables sont souvent des reponses d'urgence. Elles permettent de limiter les pertes immediates, mais au prix de sacrifices. Il peut s'agir par exemple de vendre des equipements ou de licencier du personnel.
Ces decisions ont un cot. Elles affaiblissent l'activite de l'entreprise, freinent sa croissance et reduisent sa capacite se relever aprs d'autres chocs.
l'inverse, les entreprises dirigees par des femmes adoptent plus souvent des strategies durables, qui protgent la viabilite de l'entreprise long terme. Parmi ces mesures, on trouve :
De telles strategies peuvent contribuer reduire la vulnerabilite aux chocs climatiques futurs et soutenir la stabilite des revenus et la reprise pendant les periodes de stress climatique. Ces resultats sont d'autant plus marquants que les femmes font face plus d'obstacles pour s'adapter. Il est bien documente que les femmes entrepreneures en Afrique ont plus de difficultes que les hommes acceder aux ressources necessaires l'adaptation : financements, formations, technologies...
Les responsabilites domestiques, souvent assignees aux femmes, limitent aussi leur temps disponible et leur mobilite. Cela reduit leur accs aux formations ou aux marches. Les normes sociales peuvent egalement restreindre leur pouvoir de decision, la maison ou dans l'entreprise, et les freiner dans les investissements lies l'adaptation.
Dans ce contexte, l'adoption de strategies durables par les femmes merite une attention particulire. Certaines mesures, comme le changement de culture ou la diversification des revenus, peuvent demander moins d'argent au depart que d'autres. En revanche, des actions comme la vente d'actifs ou la reduction d'effectifs supposent que l'entreprise dispose dej de ressources importantes.
Le fait que les femmes adoptent moins de strategies non durables peut donc aussi refleter un manque de moyens : elles ont simplement moins d'actifs mobiliser en cas de crise.
Mais cela rend les resultats encore plus significatifs. Les strategies durables restent trs efficaces. Notre etude montre que les femmes cheffes d'entreprise trouvent souvent des solutions adaptees, tournees vers l'avenir, mme avec peu de moyens. Elles ne sont donc pas seulement plus vulnerables : elles sont aussi des actrices strategiques, porteuses d'innovation dans l'adaptation au changement climatique.
## Ce qu'il faut faire
Ces resultats mettent en lumire non seulement les obstacles que rencontrent encore les femmes entrepreneures, mais aussi leur potentiel largement sous-estime en matire d'adaptation au changement climatique.
Notre etude montre que ce potentiel peut se reveler pleinement quand un soutien adapte est mis en place. Lorsque des aides l'adaptation - financires ou techniques - sont disponibles, les entreprises dirigees par des femmes ne se contentent pas de rattraper celles dirigees par des hommes. Elles les depassent souvent.
Cela ouvre une veritable opportunite strategique : investir dans l'adaptation des femmes entrepreneures peut produire des benefices importants, pour leurs entreprises, mais aussi pour leurs communautes et pour l'economie en general.
Ces resultats soulignent l'importance, pour les gouvernements, de creer un environnement propice l'adaptation des entreprises dirigees par des femmes. Cela suppose de concevoir des politiques, des programmes et des appuis cibles, capables de combler les inegalites persistantes : accs au financement adapte, aux technologies, ou encore aux biens et services lies l'adaptation.
Il faut aussi mieux documenter cette realite. Notre etude repose sur les meilleures donnees disponibles, mais partir d'un echantillon limite, centre sur quelques regions du Senegal et du Kenya. Ces resultats ne peuvent donc pas tre generalises toute l'Afrique.
Pour renforcer ces conclusions, il est urgent de produire davantage de donnees de qualite, ventilees selon le genre, sur les comportements d'adaptation des petites entreprises.
Les enqutes sur les entreprises de la Banque mondiale pourraient jouer un role essentiel, car elles constituent l'une des sources de donnees les plus compltes sur les petites et moyennes entreprises l'echelle mondiale.



















